Préambule

Nous sommes en mai et les journées se sont suffisamment allongées pour que je puisse courir le matin sans lampe pectorale, ce qui est cool. Et malgré une extraction de dent de sagesse pas cool du tout qui a plombé ma productivité pendant deux semaines, les travaux préparatoires du troisième jet ont avancé bien plus vite que je ne l’escomptais.

La taille de ma PAL a un peu diminué (les 48 H de la BD n’ont pas aidé). Cependant, je suis loin d’avoir terminé tous les livres que je voulais consulter avant d’attaquer le troisième jet. Je viens juste d’achever la lecture de Futurs No Future d’Antoine Daer, un essai sur le genre & mouvement cyberpunk, son histoire, son héritage, son devenir et comment il a infusé dans notre société. Si c’est un genre que vous appréciez, ou si vous avez déjà l’impression de vivre dans une dystopie cyberpunk, je ne peux que vous en recommander la lecture.

Futurs No Future d'Antoine Daer

Point de situation

Au moment où j’écris ce billet, je suis prêt à me lancer dans l’écriture du troisième jet. J’ai compulsé mes notes, j’ai préparé une liste de modifications à apporter à chaque scène et j’ai écrit un topo des notions importantes à garder en tête tout au long de la réécriture.

Au programme, pas de changement de stratégie narrative, de point de vue ou de temps d’écriture. Il s’agira essentiellement de tailler tout ce qui peut l’être, de travailler le ton de l’histoire d’ajuster des éléments d’intrigue et de worldbuilding. Et c’est ce dernier point qui m’a le plus occupé ce mois-ci. J’ai passé beaucoup de temps à faire des recherches, à mettre à jour et à peaufiner l’univers de Néo Paris. J’ai condensé le résultat dans une « bible de Néo Paris ».

Bible de Néo Paris

L’idée est d’avoir un document organisé et relativement étoffé pour décrire l’univers de Néo Paris. Il m’aidera à rester fidèle à la vision du futur que je veux insuffler à Élévation, et, accessoirement, si je suis amené à écrire d’autres histoires dans cet univers, cela fera une bonne base de travail.

Cette bible de Néo Paris comprend, entre autres, une version actualisée des « ingrédients de la sauce cyberpunk » que j’avais listés dans un billet précédent. Elle comprend également une ébauche de frise chronologique de l’univers ainsi qu’un lexique des termes cyberpunks que j’aimerais voir apparaître dans mon histoire.

Ce document n’a pas vocation à être rendu public, en tout cas pas dans sa forme actuelle (très brut de décoffrage). Mais je vais quand même vous présenter trois nouveautés importantes et leurs impacts sur ce troisième jet.

Cyberspace & hacking

Essayer de prédire à quoi ressemblera la technologie à la fin du siècle est un exercice périlleux. Tout évolue trop vite. Certaines avancées émergent subitement et envahissent nos existences en quelques années (internet, l’écran plat, le téléphone mobile, l’écran tactile, le smartphone). D’autres, annoncées par les apôtres de la tech comme révolutionnaires, ont fini droit dans le mur (crypto, métavers). Et il ne faut pas oublier les enjeux actuels (écologie, contrôle des ressources, risques d’effondrement du système) qui peuvent changer la donne à tout moment. Bref, c’est galère, et ce n’est pas nouveau : William Gibson n’avait pas vu venir le téléphone mobile dans le Neuromancien. Les vaisseaux spatiaux des premiers Aliens sont équipés d’écrans cathodiques et de superordinateurs qui font la taille d’une pièce. De nos jours, ces erreurs de casting sont même devenues une esthétique : le rétrofuturiste.

Désormais, c’est mon tour de prendre des décisions qui pourraient bien être complètement dépassées dans quelques années (voire beaucoup moins).

Cyberspace

J’adopte le terme « cyberspace » pour désigner « l’internet du futur » au sens large, mais sans la partie « univers virtuel visualisable/visitable ». Le cyberspace d’Élévation n’est pas très dépaysant par rapport à ce que l’on connait aujourd’hui, à ceci près qu’il est composé de plusieurs « bulles d’internet » plus ou moins interconnectées : à l’image de la Russie et de la Chine d’aujourd’hui, la majorité des pays dispose d’un « internet local », surveillé et soumis à authentification biométrique. Les mégacorporations entretiennent des réseaux privés et protégés du reste du monde. Il reste un « internet global », mais c’est un champ de bataille pour IA que les néophytes évitent.

Le mégalopolitain moyen utilise le cyberspace pour l’administratif/le shopping/la logistique, le tout essentiellement géré par IA et API interposés. Les réseaux sociaux et plateformes de divertissements alimentées par du contenu human-made n’existent quasiment plus. À la place, le mégalopolitain s’est refermé sur lui-même et consomme un flux de contenu personnalisé, généré par IA générative et calibré pour maximiser son engagement neurologique. Dans la zone active, la culture partagée a pratiquement disparu. Dans la zone morte, elle persiste chez ceux qui peuvent se permettre de ne pas dépenser toute leur énergie à leur survie.

Terminaux

Pour l’accès au cyberspace, je prends le parti d’imaginer que les smartphones, renommés cyberphones (parce que le futur), continuent d’exister à la fin du siècle. À mes yeux, le format de l’appareil est trop pratique pour disparaître : passe-partout, tient dans une main, non invasif. Cependant, comme aujourd’hui, je l’imagine accompagné d’une constellation de dispositifs connectés :

VITURE x Cyberpunk 2077 Luma Cyber XR Glasses
De gauche à droite, l'Emotiv Epoc X, le g.Nautilus Pro, l'OpenBCI Ultracortex Mark IV

Hacking

Reste un dernier point, central dans l'histoire : le hacking. Dans ce proche futur, la puissance de calcul et la vitesse d’exécution de l’IA ont supplanté celles de l’humain. Mais ce dernier n’est pas obsolète pour autant. L’IA a une intuition limitée et manque de créativité pour faire face aux obstacles imprévus. Les meilleurs résultats sont donc obtenus par des binômes humain-IA. L’IA tourne dans un cyberdeck, un terminal portable spécialisé. Mais l’efficacité opérationnelle du binôme dépend principalement de l’interface entre les deux.

Les capteurs EEG format écouteurs, arceaux, ou présents dans les branches de smartglasses ont une bande passante limitée. Les bonnets/casques EEG lourds permettent d’accéder à la cour des grands. L’élite des hackers opère en symbiose neurale avec leurs IA via une IND. Mais cette connexion est dangereuse : plus elle est forte, plus l’humain s’expose aux contre-mesures défensives des systèmes qu’il pirate. J’emprunte ici le terme « glace » (ICE en anglais, pour Intrusion Countermeasures Electronics) au Neuromancien de William Gibson. La glace commune peut griller le matériel du hacker. La glace noire peut infliger un choc neurologique sévère au porteur d’un casque EEG lecture/écriture, voire tuer un opérateur équipé d’une IND en lui grillant le cortex par surcharge bioélectrique. On dit alors que la victime est « flatliné » : les courbes de son électroencéphalogramme sont plates (flat), traduisant l’absence d’activité dans le cerveau. Encore un terme emprunté au Neuromancien.

Évidemment, ces éléments vont avoir un impact important sur le roman, principalement sur les scènes de hack. La notion de tandem IA-humain était déjà présente sans être aussi essentielle. Le risque de se faire griller le cerveau, lui, est nouveau. Ces changements devraient me permettre d’écrire des scènes plus rythmées et avec plus de tension.

Reste une dernière question à laquelle je n’ai pas encore de réponse : continuer à utiliser le terme hacker ou emprunter le terme netrunner au genre cyberpunk ? Et N'hésitez pas à donner votre avis en commentaire !

Mégacorporations

Un autre changement concerne le nommage des mégacorporations. J’ai longuement hésité entre utiliser des noms totalement fictifs et ceux d’entreprises existantes. L’intérêt de cette dernière option est d’ancrer le récit dans le réel.

Après mûre réflexion, j’ai décidé, en gros, de suivre cette dernière option. Problème : est-ce que brosser le portrait d’une mégacorporation diabolique nommée d’après une entreprise actuelle pourrait m’attirer des problèmes ? J’imagine que si j’arrive un jour à trouver une maison d’édition, on saura me conseiller sur ce point 🤷.

En voici quelques-unes qui auront un rôle important dans l’histoire :

Vie dans les communautés autonomes

Pour rappel, les communautés autonomes sont des « villages » fleurissant dans des quartiers résidentiels abandonnés de la zone morte, loin de l’autorité et de l’influence du gouvernement de Néo Paris et des mégacorporations. Les communards (en référence à la Commune de paris) n’ont ni hiérarchie ni chef : les décisions y sont prises en assemblée, par consensus. Le respect de la vie (néohumanisme) est primordial, l’entraide et la solidarité sont essentielles. Bref, tout le contraire des mégalopolitains et des frontaliers.

Edvin, le protagoniste d’Élévation, est originaire d’une de ces communautés. Mais dans le second jet, je ne dépeins pas suffisamment à mon goût la vie dans un tel endroit. Détail que je compte corriger, car c’est quelque chose qui me tient à cœur. J’ai envie de montrer que, même dans un futur où rien n’a pu arrêter les ultrariches, il y a de l’espoir, des modes de vie vertueux, des gens qui vivent heureux, sans chercher à dominer les autres, et ce, malgré des ressources limitées.

Pour montrer à quoi pourrait ressembler la vie dans une ces communautés low-tech, je vais m’inspirer énormément de la série documentaire L’appart du futur de Caroline Pultz et Corentin de Chatelperron que je ne peux que vous recommander (il y a aussi un livre et un site internet).

L'appart du futur, avec Caroline Pultz et Corentin de Chatelperron

À Néo Paris circa 2100, l’existence des communards est structurée par quatre contraintes majeures :

Mais ce qui distingue vraiment les communautés du reste du monde, c’est leur rapport à la vie et à la culture. Pour les communards, tous les prétextes sont bons pour se réunir et passer du temps ensemble : concerts et soirées dansantes, matchs amicaux, clubs de lecture, soirées cinéma ou jeux de société. Et pas de contenu généré par IA au programme. Les communards préservent soigneusement films, séries, musiques, livres, jeux vidéo du monde d’avant, plus quelques additions récentes provenant essentiellement de la zone morte. Les communautés, même éloignées les unes des autres, se rencontrent régulièrement et s’entraident toujours quand elles le peuvent. Cette synergie permet notamment aux jeunes de trouver des partenaires.

Tous ces éléments auront de l’importance pour le personnage d’Edvin, pour expliquer sa sensibilité et sa culture. Et l’un de mes objectifs sera de mettre en scène la dualité entre la solidarité des communards et l’individualisme des mégalopolitains.

Suite du projet

Comme dit dans mon précédent billet, je souhaite envoyer mon manuscrit à des éditeurs à partir de janvier prochain. Si je veux pouvoir faire lire mon troisième jet à des bêta-lecteurs avant cette date, il va falloir que je me remette très vite au travail, sans oublier que j’attaque ma troisième année aux Artisans de la Fiction en septembre, ce qui va monopoliser une partie de mon temps d’écriture.

Pour le moment, je suis incapable d’estimer le temps que va me prendre ce troisième jet. Je suis persuadé que ce sera beaucoup plus court que le deuxième (qui a duré presque un an), mais… on ne sait jamais 😬. J’y verrai un peu plus clair après quelques semaines de travail.

Première étape : réécrire complètement le premier chapitre pour introduire de nouveaux éléments d’intrigue, de worldbuilding, et prendre en compte les retours que j’ai eus de mes bêta-lecteurs.

Épilogue

Les vacances auront été de courte durée, il est temps de remettre les mains dans le cambouis. Je reviens vers vous dans un mois environ. J’espère avoir une bonne idée de ce qui m’attend à ce moment-là.

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Merci de m’avoir lu ! :-)

Fin.